Quand utiliser un amortisseur en équitation ?

Le grand débat de notre génération : l’amortisseur est-il essentiel ? Sur-utilisé ? Est-il utile pour corriger une selle qui ne va pas ? Est-il inutile si on a une selle bien adaptée ?

On décrypte ces quelques questions aujourd’hui en parcourant plusieurs thèmes

  • Quelle utilisation en font les cavaliers et cavalières de nos jours ?
  • Que dit la littérature scientifique à son sujet ?
  • Quand et comment l’utiliser ?

Le sondage

Avant d’écrire cet article, j’ai réalisé un sondage sur quelques jours auprès de cavaliers et cavalières propriétaires, demi-pensionnaire ou pro (j’entends par là, montant plusieurs chevaux par jour).

Je voulais savoir quel pourcentage de personne utilisait un amortisseur, pour quelles raisons et quelles formes ou matière étaient privilégiées.

J’ai souhaité mener ce sondage car une étude conduite en Suisse, par exemple, indiquait une utilisation très répandue (69% des cavaliers utilisaient un amortisseur dans l’étude) (Dittman et al, 2021). Un autre sondage, en 2013, indiquait que 45 % des cavaliers montaient avec un amortisseur (Hawson et al, 2013). 

Or, aujourd’hui, le saddle-fitting s’est beaucoup démocratisé, et on entend souvent qu’une selle adaptée n’a pas besoin d’un amortisseur. Celui-ci serait même accusé de faire plus de mal que de bien, en détériorant le fit de la selle quand celle-ci est bien adaptée. 

Les auteurs émettent parfois la même hypothèse, utilisant l’image d’un pied habillé d’une chaussette très épaisse qu’on essaie de glisser dans une chaussure adaptée. La chaussure devient inconfortable car trop serrée (Kotschwar et al, 2010 ; MacKechnie-Guire et al, 2021). Il est évident qu’ajouter un amortisseur ajoute une épaisseur, et change le comportement de la selle sur le dos du cheval. Mais, vous en conviendrez, la selle est loin d’avoir la forme, ou le rôle, d’une chaussure.

Voici les résultats du sondage :

  • 20% des répondants ne mettent jamais d’amortisseur, 60% en utilise sur leur cheval mais pas tout le temps.
  • La plupart utilise un amortisseur en laine naturelle ou synthétique et l’utilisation d’amortisseurs à cales est assez répandue (plus d’un tiers des réponses).
  • Pour les cales : la moitié utilise des cales en mousse, l’autre moitié des cales en feutre.
  • Ceux qui utilisent un amortisseur l’utilise pour :
    • Diminuer les pressions sous la selle
    • Parce que la selle n’est pas adaptée (bascule vers l’avant ou l’arrière)
    • Pour 25% d’entre eux, c’est une recommandation du/de la saddle fitter
  • 60% des répondants disent avoir une selle adaptée et suivie régulièrement par un.e professionnel.le
  • Pour autant 50% des répondants ont une selle non modifiable

Les répondants qui ont indiqué que leur selle n’était pas équilibrée précisent tous utiliser des amortisseurs à cales.

En comparaison avec les statistiques évoquées dans les études, il est intéressant de noter que cette utilisation d’amortisseur à cales n’est pas du tout mentionné. Nous manquons donc de données statistiques et scientifiques sur l’utilisation d’amortisseurs à cales.

Peut-on utiliser un amortisseur avec une selle adaptée ?

Si l’on en croit la convergence des résultats des études, un amortisseur sous une selle adaptée ça a plutôt tendance à diminuer les pressions moyennes sous la selle (Dittman et al, 2021 ; Dittman et al, 2022) avec des résultats variants si on regarde précisément les différentes zones sous la selle (avant/milieu/arrière) (MacKechnie-Guire, 2021). Cependant, il y a deux gros MAIS.

  • On remarque une différence marquée d’une matière à l’autre

Dans les différentes études des amortisseurs de type « laine » ou « fourrure » ont souvent tendance à diminuer les pressions (Kotschwar et al, 2010 ; Dittman et al, 2021 ; Dittman et al, 2022). Alors que les tests effectués avec des amortisseurs en gel ou cuir indiquent que ce n’est pas très utile, voir que cela peut augmenter les pressions (Kotschwar et al, 2010 ; Dittman et al, 2022).

Or, sur le marché, il existe beaucoup de matière et de technologies disponibles. Pour ce qui est de la mousse, les études ne donnent pas de résultats identiques.

C’est l’autre gros MAIS. Et celui-ci est évident, bien qu’il ne soit jamais agréable à entendre. Tout est une question de nuance. Tous les amortisseurs en laine ne vont malheureusement pas diminuer les pressions chez tous les chevaux. La morphologie et la manière qu’à le cheval de se déplacer, et sans doute aussi la technique et la morphologie du cavalier, jouent sur la façon dont l’ensemble selle-amortisseur-dos se comporte. Ainsi donc, les résultats convergent dans un sens mais montrent tout de même qu’il y a des variabilités d’un couple à l’autre.

Par exemple, l’étude de MacKechnie-Guire et al en 2021, indique que les amortisseurs en laine et mousse peuvent diminuer les pressions à certains endroits mais également les augmenter à la base du garrot (T10 T14). Et on remarque des différences selon les allures. 

Notez bien que les pressions sous la selles augmentent toujours avec les allures (pressions au pas < pressions au trot < au galop) (MacKechnie-Guire et al, 2021 ; Dittman et al, 2022).

L’amortisseur corrige-t-il une selle inadaptée ?

Une étude menée sur 18 chevaux sur lesquels ont avait sélectionné des selles volontairement trop larges (d’une taille d’arcade) aurait tendance à indiquer qu’un amortisseur ne permet pas d’améliorer le fitting de la selle. Les auteurs recherchaient une diminution des pressions et la traduisaient comme une amélioration du fit, mais les résultats n’ont pas été significatifs et sont surtout très variables d’un cheval à l’autre (Kotschwar et al, 2010).

Les techniciennes sellières et saddle-fitter ont souvent recours aux amortisseurs à cales. On privilégie souvent l’utilisation de cales en feutres, plutôt incompressibles, qui ont pour but d’ajuster une asymétrie de panneaux, de dos de cheval ou une taille d’arcade temporairement inadéquate. Ces amortisseurs permettent :

  • D’équilibrer la selle durant un essai
  • D’améliorer le fit d’une selle en attente d’une modification
  • D’améliorer le fit d’une selle qui allait, mais dont le cheval a changé (suite à un arrêt pour blessure par exemple). Dans ces cas-là, on attend de voir si le cheval retrouve sa morphologie initiale avant de modifier définitivement la selle.

Une étude a en effet indiqué que les chevaux changeaient de toute façon très régulièrement de forme de dos (Greve & Dyson, 2015). Bien qu’avoir une selle adaptable est un atout non négligeable dont il faut absolument se servir, nous ne pouvons aller contre les lois du vivant et les amortisseurs à cales permettent un ajustement immédiat.

Cependant, aujourd’hui, il n’existe aucune étude vérifiant mes propos ci-dessus, ni leurs effets sur un potentiel amortissement des pressions.

Les motivations qui justifient leurs utilisations sont absolument empiriques. Cela ne veut pas dire que c’est bien ou mauvais, mais je préfère être honnête.

Bon alors, on fait quoi ?

Faut-il utiliser un amortisseur ? Pourquoi pas.

A titre personnel, je recommande parfois l’utilisation d’amortisseur pour les chevaux ayant un dos sensible ou un peu démusclé. L’objectif est que l’amortisseur apporte du confort en diminuant les pressions de la selle, comme l’indique les études. Je recommande alors l’utilisation d’un amortisseur en laine naturelle ou synthétique, tout en prévenant les utilisateurs/trices sur les potentiels effets :

  • Cela peut augmenter l’instabilité de la selle
  • Cela peut donner la sensation d’être « loin de son cheval »

Je recommande l’utilisation d’amortisseur avec une gouttière, dont la taille est adaptée (les panneaux ne doivent pas tomber sur les bords mais bien reposer « à l’intérieur » de l’amortisseur.

Enfin, en fonction de l’activité du cheval (saut d’obstacle/cross de haut niveau, dressage avec beaucoup de position assise, endurance longue etc) l’utilisation d’un amortisseur peut-être à considérer.

Je déconseille leur utilisation quand la gouttière est trop étroite. Je déconseille l’utilisation d’amortisseurs en gel, ceux-ci n’ayant pas de preuves d’efficacité, souvent dépourvus de gouttière, ont tendance à s’affaisser et peuvent être responsable de frottements et d’échauffements.

On ne peut pas affirmer que ça va aider, il faut tester et voir le comportement du cheval sur plusieurs séances. C’est ok d’essayer ! On peut supposer que ça va marcher, sans pouvoir l’affirmer !

Et pour les amortisseurs en mousse/matières synthétiques ?

Du pur cas par cas, encore une fois. A la fois entre le couple cheval-cavalier et le choix de la marque.

Choisissez un amortisseur dont la forme permettra un dégarrotage qui tiendra le temps de la séance. Je conseille le choix d’une mousse assez fine si possible.

Conseils : soyez critique vis à vis des arguments marketing qui vous vantent les propriétés amortissantes de leur amortisseur. Comment ont été mesurées ces données ? Pour savoir si un amortisseur est efficace il convient de le tester sur un cheval (un dos c’est chaud, ça bouge, ça se déforme, ça n’a rien à voir avec une table d’atelier par exemple), entre un tapis et une selle (est-ce que la matière glisse, s’affaisse, reste bien à sa place ? Modifie le fit de la selle ou non ?) et avec un cavalier par-dessus (le cavalier aussi bouge, et tout le monde n’a pas la même morphologie ni le même poids).

Si on compare un certain amortisseur en mousse dont sont vantées les propriétés amortissantes, données des tests à l’appui (mais pas du tout en conditions réelles), cet amortisseur serait « largement plus efficace que les amortisseurs en peau d’agneau ». Si on en croit les tests réalisés par Dittman et al, 2022 (comparaison avec de la laine) on observe une simple différence à peine significative au galop, et pas beaucoup plus.

Encore une fois, cela ne veut pas dire que c’est bien ou pas bien. Ni que la marque ment, seulement elle utilise des arguments qui sont tendancieux. Il faut tester pour chaque couple cheval-cavalier, mais il y a fort à parier que tel amortisseur ne puisse convenir à absolument tous les chevaux.

Quant aux amortisseurs à cales, privilégiez le choix de cales en feutre et non en mousse, qui ont tendance à s’écraser et donc ne plus jouer leur rôle de correction. Suivez les conseils du/de la professionnel.le qui vous accompagne pour les placer correctement.

Et vous, pour monter, avec ou sans amortisseur ?

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