L’ostéopathie animale est-elle efficace ?

Dans cet article nous allons nous intéresser à l’efficacité de l’ostéopathie animale sur les chevaux. C’est sur cet animal qu’on trouve le plus de recherches scientifiques qui viendront nourrir mes propos.

    1. Qu’est-ce que l’ostéopathie et à quoi sert-elle ?

    L’ostéopathie appliquée aux animaux est une thérapie manuelle dont le but est de soulager les douleurs physiques qui ne sont pas liées à des pathologies. L’ostéopathe ne prodigue pas de diagnostic et ne remplace pas le vétérinaire mais peut intervenir en complément afin d’apport du confort à l’animal.

    De nos jours, par leurs conditions d’hébergement et le travail que leur imposent les humains, les chevaux sont particulièrement exposés à développer des troubles musculo-squelettiques, c’est à dire des douleurs musculaires et articulaires.

    L’ostéopathe utilise différentes techniques, exclusivement manuelles, pour moduler ces douleurs et aider l’animal à récupérer.

    Chez l’humain, nous disposons de preuves de l’efficacité de la thérapie manuelle sur la douleur. Résumons ce que l’on sait sur les chevaux :

    2. Etudes françaises en ostéopathie équine

    En 2013, une étude réalisée sur une vingtaine de chevaux de sport a trouvé une amélioration du rebond et de l’amplitude en liberté après un traitement ostéopathique global. Des variations concernant l’évolution de la propulsion ont été remarquées : mieux pour les jeunes chevaux (< 7 ans), moins bien pour les « vieux chevaux » (Burgaud & Biau, 2013).

    Les effets sont constatés jusqu’à J+40.

    Une étude préliminaire sur 5 chevaux montrait déjà une amélioration du mouvement de la colonne vertébrale au pas sur un tapis. Les observateurs étaient aveugles, c’est à dire qu’ils ne savaient pas quels chevaux avaient reçu les traitement. Cela permet de limiter les biais, car on a tendance à voir ce qu’on a envie de voir. Si les observateurs savaient quels chevaux avaient été traités, ils auraient pu manquer d’objectivité dans la constatation d’une amélioration par exemple.

    3. Une revue systématique (regroupement de plusieurs articles)

    Haussler et al, 2021, ont étudié les résultats d’une quinzaine d’études. Il en ressort que les manipulations structurelles (techniques qui font « crac ») du dos permettraient d’améliorer l’amplitude des mouvements, de diminuer la tension des muscles et diminuer la douleur. Les manipulation du dos sont moins efficaces que le traitement au laser pour les douleurs aigues (= récentes) mais soulagent mieux que 7 jours de massage.

    Cependant les effets constatés sur les tensions musculaires semble disparaitre au delà d’une heure.

    NB : j’attire votre attention sur le sujet des tenions musculaires. Pas d’effet sur le long terme, certes, mais rien ne nous dit qu’une tension musculaire est responsable d’un problème… Nous évoquerons le sujet un jour.

    Après manipulation du dos, il n’y avait pas d’effet sur l’amélioration des boiteries des membres.

    NB 2 : Cette revue systématique incluait beaucoup d’articles du/des même(s) auteur(s).

    4. Résumé d’un congrès italien

    Une étude du dr Eddy Deforest et du dr vétérinaire Daniela Di Bernando réalisée sur 5896 chevaux (c’est absolument énorme pour une étude sur ce thème là) avec un groupe contrôle consistait à comparer traitement ostéopathique et repos sur la récupération d’une douleur de dos.

    Ils concluent que les chevaux non traités avaient plus de mal à finir l’exercice-test (un parcours d’obstacle), comme si la douleur revenait plus vite que les chevaux manipulés.

    NB : en lisant l’article, je n’ai pas bien compris leur protocole ostéopathique. Trois manipulations sur trois jours ? Un traitement par jour pendant trois jours ?

    5. Des effets sur le stress et la détente ?

    En 2023, Vokietytė-Vilėniškė et al, ont effectué une étude sur 30 chevaux pur sang divisés en deux groupes : traitement et contrôle. Ils concluent qu’un traitement ostéopathique (techniques structurelles comme dans l’étude de Haussler) provoque une diminution de la fréquence cardiaque et respiratoire. Les auteurs émettent l’hypothèse d’un effet sur le système nerveux autonome (le système orthosympathique est celui qui active, le système parasympathique est celui qui détend, pour faire simple).

    Une augmentation du cortisol sanguin est également constatée. Les données sont mesurées immédiatement après le traitement et à H+1.

    NB : dans cette étude, il n’est rien décrit sur ce que reçoit, ou non le groupe contrôle : rien ? attente ? repos ? Sont-ils restés attachés ? Ou ont-il pu aller au box, au pré ? Autant d’éléments qui peuvent faire varier les résultats.

    6. Conclusion(s) à nuancer

    Les techniques ostéopathiques, notamment structurelles, semblent voir un effet (positif, mais pas forcément) sur la locomotion du cheval (rebond, amplitude, mobilité) et au niveau des mouvements du dos. Cela peut indiquer une amélioration du confort.

    Il est également possible que les techniques apportent une sensation de détente au cheval et diminuent la douleur de dos lorsqu’il y en a.

    Cependant, la majorité des études présentent des niveaux de preuves classés « bas à modérés » (Haussler et al, 2021). Beaucoup d’études portent sur des manipulations uniques ou sur des zones limitées ce qui n’est pas représentatif d’une prise en charge ostéopathique (où l’on regarde en général tout le corps de l’animal).

    Les protocoles sont parfois peu solides et comportent de nombreux biais : pas de groupe contrôle, effectif réduit, manque de détails, conclusions précipitées…

    Les outils de mesure utilisés sont plus ou moins fiables : Equimetrix (exemple d’utilisation), avis subjectif d’un observateur extérieur, questionnaire aux propriétaires etc…

    Cela nous invite à rester prudent(e)s quant aux prétentions de l’ostéopathie sur nos animaux. On espère également que d’autres études plus poussées seront réalisées, nous permettant ainsi d’y voir plus clair sur le champ d’action de cette thérapie.

    Sources :

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