Canicule et sport : le risque est réel

Cela n’aura échappé à personne, l’été 2026 est costaud en termes de vagues de chaleur. Et nous ne sommes même pas mi-juillet. 

Je pense que nous avons tous.tes modifié nos habitudes en cette période où nos logements se réchauffent, nos voitures sont des saunas et où la ville est devenue une zone hostile tellement le béton retient la chaleur jusqu’à tard dans la nuit.

Et pourtant, parfois sur la route je croise quelques « courageux.ses » qui courent sous le soleil, parfois à des horaires improbables. Ou ceux.celles qui attendent la soirée, 20h, pour sortir alors que les thermomètres affichent encore un bon 35 degrés en ville et que le vent se fait timide pour refroidir tout ça.

Courageux.ses ? Non, plutôt pas très malin-malin. Le risque de coup de chaleur, hyperthermie, est réel. Il peut-être grave mais aussi évitable. 

Ici nous allons détailler rapidement les mécanismes qui font que le corps produit et évacue de la chaleur, et les contextes qui influent dessus. Nous verrons ensuite la définition du coup de chaleur, ses signes et conséquences possibles. Nous ferons le point sur les bonnes conduites à encourager. Les sources se trouvent, comme d’habitude, en bas de l’article.

Pourquoi/comment le corps produit-il de la chaleur pendant l’effort ?

Lors de l’activité cellulaire, celle-ci produit de l’énergie. Cette énergie est convertie de deux façons. Un quart en énergie mécanique (muscule qui s’active) et le reste est dissipé sous forme de chaleur.

Or, l’humain est un homéotherme. Sa température centrale se situe autour de 37°C et varie relativement peu (à la différence du serpent dont la température varie surtout selon l’environnement). Il a besoin de rester à cette température pour fonctionner correctement. Ainsi donc, nous sommes équipés de mécanismes de régulation qui travaillent en permanence pour ajuster cette température alors même que nous sommes exposés à des météos différentes, des maladies, l’activité physique, les vêtements etc.

Lors de l’effort, la chaleur est évacuée principalement par la sudation. La chaleur est transportée par le sang jusqu’à la peau, interface de l’évacuation.

Les facteurs extérieurs vont jouer sur la quantité de chaleur à évacuer/gérer : la température extérieure bien sûr, mais aussi le taux d’humidité ou la quantité de vent. Sans oublier le choix des textiles portés, le niveau d’entrainement ou d’acclimatation à la chaleur également.

Par exemple, lorsque nous suons, une pellicule d’eau se forme à la surface de notre peau. La présence d’un vent plus froid aide à effectuer une évacuation des calories en refroidissant l’eau sur notre peau. 

Ainsi donc, la présence de vent ou non et surtout le taux d’humidité ambiant extérieur vont influencer sur la perception que nous faisons de la chaleur. Je vous invite à vous référer à l’index Humidex pour avoir une idée. La transpiration est moins efficace quand il fait humide. 

Info bonus : les chiens ne transpirent pas ! Ils halètent et évacuent la chaleur par leur bouche. Les chevaux, par exemple, transpirent comme les humains.

Qu’est-ce qu’un coup de chaleur et quelles conséquences ?

Si son nom n’est pas très impressionnant, ses conséquences peuvent l’être. Il existe plusieurs types d’hyperthermies, mais ici nous ne traiterons que du coup de chaleur lié à l’effort. Si 1 à 2 degrés d’augmentation de la température vont plutôt optimiser le fonctionnement musculaire, au delà, ça devient nettement plus complexe.

Le coup de chaleur se caractérise par une température corporelle élevée (40°C et plus) et des troubles neuro centraux qui se traduisent par une altération de la conscience, confusion, convulsions… Le système sature et cela peut entraîner une défaillance multiorganique.

Le coup de chaleur est une urgence médicale. Il faut refroidir au plus vite ! Et traiter les symptômes.

Pour rentrer un peu plus dans détails, un coup de chaleur peut par exemple provoquer une ischémie du foie qui peut occasionner une hépatite (inflammation). L’entrée de toxines au niveau du cerveau expliquent les troubles neurologiques. Les cellules des muscles peuvent s’abîmer (rhabdomyolyse) et le potassium déchargé peut être néfaste pour le coeur. 

Bref, le système entier commence à galérer de partout. 

Les signes précoces ne sont pas spécifiques, c’est à dire qu’ils peuvent aussi bien être déclenché par le début d’une hyperthermie que par totalement autre chose. Mais citons les quand même : vertiges, nausées, sensation de malaise, tachycardie, hypotension, crampes musculaires ou intestinales…

Il est donc aussi important de considérer le contexte dans lequel ils surviennent : température extérieure ? Durée de l’exercice ? Préparation préalable de l’athlète ? Hydratation ? Taux d’humidité ?

Mesurer le risque et être raisonnable

Pourquoi je râle contre ceux.celles qui affrontent les températures caniculaires pour aller faire leur sport ? En temps normal, j’ai plutôt tendance à encourager tous les comportements pro-activité physique tellement celle-ci est bénéfique pour la santé. Seulement, un autre souci se pose. Nous l’avons vu, le coup de chaleur peut-être grave et nécessite une prise en charge médicale urgente en cas de survenue.

Seulement, en période de canicule, les hôpitaux sont déjà sur chargés de personnes, peut-être les plus fragiles, qui ont besoin d’aide (malaises, déshydratations, autres hyperthermies etc).

Insister pour pratiquer son sport malgré des conditions compliquées et subir un coup de chaleur, c’est peut-être prendre la place de quelqu’un aux urgences. Alors que cela peut-être évité.

A quel point le maintien de cette séance de sport est-il important ? Qu’est-ce qui peut-être aménagé ?

-> L’horaire : en favorisant une sortie le matin, à la « fraîche ». Méfiez vous, en période caniculaire, les températures du soir ne descendent pas très vite surtout en ville.
-> Transférer vers une autre activité, comme la natation par exemple ou opter pour une séance en salle climatisée.
-> Réaliser une séance plus courte, moins intense, et prévoir des options de rafraîchissement efficaces.
-> Décaler à un autre jour ? Annuler ? Si on est sportif régulier, cela peut-être l’occasion de faire une pause de plusieurs jours pour laisser le corps récupérer un peu. De plus, la chaleur affecte aussi le sommeil. Or, celui-ci est essentiel pour la récupération. C’est donc une autre variable à prendre en compte pour adapter son effort.

Pour l’instant, les périodes caniculaire ne durent « que » quelques jours, il semble donc envisageable de pouvoir tout simplement s’arrêter temporairement (sauf objectif de compétition je suppose). Et si le sport est un élément quotidien essentiel à votre bien-être (ce qui peut, dans certains cas, être compréhensible) il existe des alternatives. Quoiqu’il en soit, de sous-estimez pas les risques.

Les vrai.e.s courageux.ses sont ceux qui se lèvent à 5h pour aller courir, pas ceux qui affrontent les températures infernales ! 😉 

Sources :

Article canadien au sujet du coup de chaleur : Marceau et Deslandes, 2025

Article de l’INSEP sur les mécanismes de production de chaleur par le corps : Ici

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